Pas besoin de très gros moyens !

 

Dans le cadre de la conception d’une exposition ou d’un musée, la question du budget est toujours capitale, voire tabou (du moins en France). J’ai travaillé avec des institutions de différentes tailles et de différents statuts et partout – ou presque – la même réaction : un sentiment d’infériorité lorsque le budget est très restreint versus un sentiment de supériorité lorsque le budget permet de faire presque tout ce qu’on veut. Et pourtant… j’ai souvent remarqué que les restrictions budgétaires ne freinent en rien la créativité, l’inventivité et la réalisation ; elles font souvent même ressortir l’ingéniosité !

Je ne connais absolument pas les moyens alloués pour le parcours expographique du COPE Visitor Centre de Vientiane lors de sa création, mais j’ai l’impression d’être dans un parfait exemple d’une muséo-scénographie inventive et efficace à faible coût.

Le sujet n’est pas des plus gais : la situation de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants amputés à cause des mines anti-personnelles de la Guerre d’Indochine. Le parcours est réfléchi et suit un déroulement logique : dans un premier temps quelques rappels historiques qui permettent de replacer le contexte, puis le parcours des victimes de l’accident à l’apprentissage de la vie avec un handicap.

Les textes sont simples, courts et efficaces (comme je les aime) ; certes le graphisme est basique et l’impression est réalisée sur une simple feuille de papier plastifiée, mais a-t-on besoin de plus ? Dès que c’est possible, les explications passent par de l’interactivité, toujours très à propos. Il ne s’agit pas simplement de volets à soulever ou de puzzles à recomposer pour occuper physiquement les visiteurs. Pour aborder la problématique de la sensation du membre manquant, par exemple, le visiteur est invité à glisser ces deux mains dans une boîte à miroir et à bouger la main visible. Son cerveau reçoit ainsi des informations différentes : ses yeux lui montrent que ses deux mains bougent, alors qu’une seule est réellement en mouvement. C’est pour moi un exemple évident que pour concevoir/réaliser des interactifs efficaces et pertinent, il suffit parfois de regarder ce qu’il y a autour de soi et de détourner des outils conçus pour un autre usage. Quant à la scénographie, elle est réalisée principalement en bois et en feuille de bananier, telle la plupart des constructions au Laos. De nombreuses prothèses sont également utilisées pour former des rideaux afin de séparer les espaces ou des montagnes et d’intégrer les quelques écrans.

Bref, ce petit espace muséographique est très bien pensé et réalisé, sans prise de tête mais avec une réelle recherche sur la conception du parcours, la position du visiteur et les messages à faire passer. C’est aussi une manière agréable d’aborder le sujet un peu lourd des guerres récentes et des traces encore visibles dans la société d’aujourd’hui. Sans hésiter un lieu à ne pas manquer lorsque vous passez à Vientiane !

 

COPE Visitor Center

Boulevard Khou Vieng, Vientiane, Laos​​​

30 juillet 2016, Vientiane

No need for a lot of money!